AI Engineer Summit Paris 2025 : retour sur les tendances et les sujets techniques
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Lors de cette 6ᵉ édition du DevOps REX 2025, plus de 26 speakers se sont rassemblés pour plus de 17 talks selon les catégories suivantes :
Près de 600 professionnels du milieu se sont réunis dans une salle à la température tropicale. Durant ces retours d’expérience, deux sujets principaux sont beaucoup revenus (5 fois pour l’Intelligence Artificielle et 6 pour la Souveraineté). Cela donne une idée de la préoccupation des entreprises pour l’année 2026.

Deux sujets principaux ont focalisé l’attention : l’Intelligence Artificielle et la Souveraineté Numérique. Ce sont deux sujets importants mais qui peuvent être challengeants à mettre en place, d’autant plus quand l’on veut implémenter une IA souveraine.
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La première conférence abordait un retour d’expérience sur la migration d’un environnement AWS vers un cloud souverain, en l’occurrence Scaleway. Le contexte était clair : une facture cloud devenue trop élevée et des préoccupations croissantes autour du RGPD et de la dépendance à un fournisseur unique. L’objectif affiché était ambitieux : réduire les coûts de 50 % tout en assurant la continuité de service.
La deuxième, quant à elle, faisait la jointure entre les deux sujets. Le client final était une entreprise de panneaux solaires flottants, dont la propriété intellectuelle était vitale car elle évolue dans un marché très concurrentiel. Son but était de mettre en place une IA afin d’interroger une base de connaissance interne. Le choix du cloud souverain était Clever Cloud et, pour le modèle utilisé, c’est notre champion français Mistral AI.
Pour en revenir au sujet principal, implémenter une IA en production est déjà un défi en soi, qu’elle soit souveraine d’autant plus. Les architectures RAG sont de plus en plus éprouvées de nos jours et ont montré leur efficacité. Cela permet de limiter les hallucinations et d’exploiter des ressources internes parfois mal organisées ou éparpillées.
La difficulté réside dans le cadrage du projet : son périmètre, ses personas, quelles sont les attentes du projet. Il ne faut pas oublier que l’outil doit être au service de l’utilisateur. L’interface doit être user-friendly afin de ne pas perdre d’utilisateurs.
Dans la stratégie de l’entreprise, il est indispensable de définir des KPI clairs permettant de mesurer la réussite du projet. À quoi sert d’avoir la meilleure intégration de l’IA du monde si seulement 10 % des collaborateurs l’utilisent ? L’IA doit devenir un outil du quotidien, apportant une valeur tangible.
Cela implique également de maîtriser les coûts et l’observabilité de ces solutions. Une IA utilisée à grande échelle peut rapidement générer des coûts importants, souvent difficiles à anticiper sans indicateurs précis.
Sans visibilité sur les usages, les performances ou les dérives de consommation, il devient impossible de piloter efficacement la solution.
Dès lors que l’IA devient un composant critique du système d’information, une interruption de service, une dégradation de performance ou une ingérence externe peut avoir un impact direct sur l’activité.
C’est dans ce contexte que la souveraineté prend tout son sens, en garantissant un meilleur contrôle sur les données, les flux et la disponibilité des services.
Dans ce contexte, la souveraineté ne doit pas être perçue comme une contrainte supplémentaire : elle permet de garder le contrôle sur une valeur ajoutée.
Cette souveraineté implique un coût financier et technique, les services équivalents aux gros fournisseurs de services, dont les budgets se comptent en milliards, n’ayant pas forcément d’équivalents souverains. Se joue alors un jeu d’équilibriste pour choisir l’architecture et la solution.
Un point est revenu de manière assez récurrente : la souveraineté ne se limite pas au choix d’un cloud provider. Même lorsqu’un acteur se positionne comme souverain, il reste dépendant d’un ensemble d’infrastructures et de composants qui, eux, ne le sont pas forcément. Les interdépendances sont nombreuses et parfois invisibles.
Un exemple concret a été évoqué : le 20 octobre, un incident survenu en Virginie chez AWS a eu des répercussions jusque sur des services hébergés en Europe. Cet événement rappelle que le cloud est par nature interconnecté et que des incidents localisés peuvent avoir des impacts globaux. Cela pose la question de la résilience réelle des systèmes, mais aussi de la maîtrise des infrastructures.
Au-delà des fournisseurs cloud eux-mêmes, les couches sous-jacentes restent largement non souveraines. Les câbles sous-marins, le matériel informatique, la mémoire RAM, les GPU ou encore certains composants réseau sont produits et contrôlés par un nombre très limité d’acteurs mondiaux, majoritairement non européens. Même avec un cloud opéré en France, ces dépendances techniques demeurent et doivent être prises en compte dans la réflexion globale.
La question s’est également posée autour des offres dites de cloud de confiance, comme S3NS ou Bleu. Sont-elles réellement souveraines ? La réponse n’est pas binaire.
Ces solutions apportent des garanties importantes en termes d’exploitation locale, de gouvernance française et de conformité réglementaire. Elles répondent à des besoins concrets pour des secteurs sensibles.
En revanche, elles reposent encore sur des technologies issues d’acteurs américains, ce qui introduit un débat légitime sur le niveau réel d’indépendance.
C’est ici qu’intervient le Cloud Act américain. Cette loi permet aux autorités américaines de demander l’accès à des données contrôlées par des entreprises soumises au droit américain, même si ces données sont hébergées en dehors des États-Unis.
Cela rappelle que la souveraineté ne dépend pas uniquement de la localisation des données, mais aussi du cadre juridique et des dépendances technologiques.
Les offres comme S3NS ou Bleu cherchent à atténuer ce risque, sans pour autant pouvoir l’éliminer totalement.
Pour mieux comprendre les enjeux historiques de la souveraineté technologique, on peut se tourner vers l’exemple de Gemplus, ancienne pépite française dans les cartes à puce.
Comme le rappelle la vidéo de Micode, cette entreprise détenait des technologies stratégiques, utilisées dans les cartes SIM et les systèmes de paiement. La CIA et d’autres services étrangers s’intéressaient de près à ces technologies, ce qui a entraîné des pressions économiques et des prises de contrôle progressives. Cet exemple illustre parfaitement que la souveraineté ne se limite pas à la localisation des données : elle implique également de pouvoir maîtriser la technologie, l’entreprise et les décisions stratégiques, même face à des influences extérieures.
Finalement, les retours d’expérience présentés lors du DevOps REX 2025 montrent que la souveraineté est un curseur, pas un état absolu. Les entreprises doivent composer avec des compromis entre performances, coûts, maturité des solutions et maîtrise des risques.
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